6 de ago de 2015

artigo interessante

l'obs, 5/1/2008, aqui.


Traduttore... traditeur? Les mystères d'une formule rabâchée

Qui est à l'origine du joli jeu de mots devenu tarte à la crème de ce défi permanent qu'est la traduction,«traduttore-traditore»? Une participante au groupe de discussion en ligne de l'Association des traducteurs littéraires américains (ALTA) à laquelle j'appartiens ayant récemment posé la question, je suis parti en chasse. Si je n'ai pas trouvé de réponse définitive, j'ai fait quelques découvertes qui, je crois, méritaient amplement ce retour dans l'histoire. Et j'appelle tous ceux qui auraient une idée sur le sujet à se manifester ici.
Pour commencer, il faut clarifier deux points de méthode. Primo, ceux qui invoquent «un vieux dicton populaire italien» ou «le célèbre adage» semblent penser que la formule est née de la sagesse populaire, comme «qui vole un oeuf vole un bœuf». Mais à l'origine de «traduttore-traditore», il n'y a pas un bon mot échangé entre deux commères sur un marché de Toscane: le problème soulevé appartient évidemment à la sphère des lettrés, au départ, et a certainement dû être posé au moment historique où l'oeuvre de traduction commençait à être appréhendée en tant que telle, non plus comme exégèse ou plagiat, c'est à dire vers le début du XVème siècle. Secundo, si la paronomase (rapprochement de deux homonymes approximatifs) fonctionne parfaitement bien en italien, et mieux que dans d'autres langues européennes («traducteur-traître» en français moderne, «translator-traitor» en anglais, etc.), cela ne signifie pas forcément qu'elle soit «née» dans cette langue.
Cela précisé, j'ai commencé ma quête. Quand j'ai fait mention de la question de ma collègue américaine à ma mère, Josèphe Cohen, cette distinguée professeur de lettres classiques à la retraite a aussitôt pensé à la «Défense et illustration de la langue française» de Joachim du Bellay. Celui-ci écrit en effet, au chapitre VI de son traité publié en 1549: «Mais que dirai-je d'aucuns, vraiment mieux dignes d'être appelés traditeurs que traducteurs? vu qu'ils trahissent ceux qu'ils entreprennent exposer, les frustrant de leur gloire, et par même moyen séduisent les lecteurs ignorants, leur montrant le blanc pour le noir: qui, pour acquérir le nom de savants traduisent à crédit les langues, dont jamais ils n'ont entendu les premiers éléments, comme l'hébraïque et la grecque...». Le jeu de mots fonctionne parfaitement, «traditeurs» étant alors un terme très courant, d'origine ecclésiastique, qui désignait au départ les chrétiens ayant choisi de renoncer à leurs livres saints et leurs reliques pour éviter la répression religieuse, notamment en Afrique du Nord. On le trouve à la même époque dans, par exemple, les «Centuries de Nostradamus» (1555): «ton traditeur en terre nagera».
Serait-ce donc que le fameux «proverbe italien» ait été en réalité une formule polémique inventée par un Français? Et qui aurait subsisté jusqu'à nous en italien parce que le mot français «traditeur» serait tombé en désuétude? On se retrouverait donc devant la même rivalité transalpine que celle concernant l'invention de la «haute cuisine»: la gastronomie telle que nous la connaissons aujourd'hui est-elle une création française ou un fruit du génie italien apporté aux Français par Marie de Médicis lorsque celle-ci devint l'épouse d'Henri IV? Le débat reste ouvert, et sera difficilement tranché.
En poursuivant mes recherches, j'ai constaté que certains linguistes et traducteurs ont en effet décidé que«traduttore-traditore» était indubitablement d'origine française. C'est le cas de... l'Italien Gianfranco Folenaqui, dans son livre «Volgarizzare e tradurre» (Turin, Einaudi 1991, p. 3), attribue à du Bellay l'invention de cette paronomase devenue célébrissime. La traductrice d'Umberto Eco en français, Myriem Bouzaher, reprend cette thèse dans sa présentation de «Dire presque la même chose» (Paris, Grasset, 2007), malheureusement de façon lapidaire: «le fameux "traduttore-traditore"(que les Français ont inventé)», écrit-elle. J'ai tenté de la contacter afin de clarifier ce point, jusqu'ici sans succès. Alors, nous aurions donc un «proverbe italien» qui n'est pas un proverbe et qui ne serait pas italien... Intéressant.
Les choses ne sont cependant pas si simples. En ce temps-là, les échanges culturels entre l'Italie et la France étaient incessants, et les deux langues elles-mêmes se trouvaient encore en pleine évolution. Pour écrire sa «Défense», du Bellay s'est largement inspiré du «Dialogo delle lingue» (1542) de l'Italien Sperone degli Speroni. Si l'on veut une autre preuve de cette proximité, considérons la similarité des titres publiés par deux des tout premiers théoriciens de l'art de la traduction, l'Italien Sebastiano Fausto da Longiano et le Français Etienne Dolet: «Dialogo del modo de lo tradurre d'una in altra lingua (segondo le regole mostrate da Cicerone)», pour le premier; «La manière de bien traduire d'une langue en aultre», chez le second. Comme l'a bien montré le grand linguiste Antoine Berman («De la translation à la traduction», Centre Jacques Amyot, Québec), les mots «traduttore» et «traducteur» apparaissent à peu près à la même époque dans leur langue respective, au tout début du XVIème siècle, mais leur origine commune serait à attribuer à l'Italien Leonardo Bruni, à la faveur d'une... erreur de traduction du latin «traducere»!
Ayant trouvé sur Internet une référence à la revue italienne de linguistique «Lingua Nostra», j'ai contacté l'auteur de cet article titré «Traduttore-Traditore», Paolo Cherchi. Professeur de langues romanes à l'université de Chicago, celui-ci a eu l'amabilité de me répondre aussitôt, et de me confirmer la thèse qu'il soutient: l'expression en question serait bien d'origine italienne, avec une source écrite attestée en Italie en 1539, soit dix ans avant le traité de Du Bellay. Le professeur Cherchi l'a trouvée récemment dans les «Pistole Vulgari» de Niccolò Franco, et plus précisément dans l'épître «La risposta della Lucerna». Traducteur lui-même, Franco, s'insurgeant contre les mauvais «traduttori», leur lançait: «Ser Traditori miei, se non sapete far'altro che tradire i libri, voi ve ne anderete bel bello a cacare senza candela». Ce qui signifie: «Chers messieurs les Traîtres (ou Traditeurs), si vous ne savez rien faire d'autre que de trahir les livres, allez donc chier sans chandelle!»
Italien, français... La racine de la formule, de toute évidence, ne se trouve ni dans une langue, ni dans une autre, mais dans une origine latine encore à trouver. Ce qui est fascinant, c'est que mes collègues traducteurs américains, en menant leur propre enquête, n'ont pu remonter qu'au XVIIIème siècle pour une trace écrite de l'expression «traduttore-traditore» - concrètement, la préface de la traduction des «Guerres du Péloponnèse» de Thucydide par William Smith, en 1753. Pourquoi? Parce que la langue anglaise n'a pas subi la mutation conceptuelle de «translatio» (transfert) à «traductio» (traduction). Comme le dit Berman,«la langue anglaise ne traduit pas, elle "translate".» Pour ajouter une autre pincée de subtilité linguistique à cette quête, notons que le mot «traducer», en anglais, désigne un diffamateur, parce qu'il vient du latin«traducere», déshonorer.
Traducteur, diffamateur? La question peut se poser, lorsqu'on se rappelle que deux des théoriciens de la traduction à la Renaissance cités plus haut, Nolet et Franco, ont connu le même sort: torturés et condamnés à mort par des autorités italiennes et françaises qui considéraient leur quête du mot juste«hérétique».
Maintenant, pour traquer l'origine latine de l'élégant - et injuste! - paradoxe «traduttore-traditore», il faut tenir en compte le fait que le concept même de «traduction», comme on l'a vu, est assez récent, et que les termes latins qui s'en approchent varient. Érasme, ainsi, utilise encore le terme d'«interpres» en 1506 lorsqu'il évoque son travail de traducteur d'Euripide. Au cours de mes recherches, j'ai croisé la cyber-route d'un traducteur argentin, Andres Pacheco, qui m'a dit avoir rencontré la formule latine «Translatio tradicio est» («La traduction est une trahison») avec une attribution à Saint Jérôme, auteur de la Vulgate et - très ironiquement dans ce contexte! - «saint patron des traducteurs», mais il n'a pas été en mesure de vérifier la pertinence de cette citation. Moi non plus, même si cela m'a donné l'occasion de relire plusieurs textes de Jérôme sur la traduction et, en revisitant ses considérations sur la fidélité au texte originel hébraïque et la supériorité de l'approche «sens pour sens» sur celle du «mot pour mot», de trouver une approche étonnamment «moderne» de cette tâche ingrate, essentielle et aberrante qu'est la traduction.
J'ajouterais pour conclure - provisoirement, j'espère, car j'attends des réactions! - que la tentation de jouer sur les mots en évoquant la traduction ne se limite pas au très fameux «traduttore-traditore»: Fausto da Longiano, déjà cité, parle des mauvais traducteurs en disant qu'au lieu d'être tenus pour des«convertitori» (transformateurs) ils devraient être appelés «sovertitori» (manipulateurs, «subvertisseurs»). La traduction comme subversion: voilà qui ouvre des horizons autrement plus excitants que ce bon vieux«traduttore-traditore», dont l'incroyable «success-story» provient sans doute en majeure partie de sa remarquable euphonie... Ou y a-t-il plus que cela? Dans une prochaine colonne, je parlerai de traduction, trahison, subversion, langue «maternelle», et encore de la miraculeuse transfiguration des mots que l'histoire, «cette eau stagnante qui ne demandait qu'à dormir» selon la belle définition de Georges Henein, s'entête à produire partout, et surtout là où on ne l'attendait pas.
B.C.

2 comentários:

  1. Denise Bottmann, a "menina" que odeia plágio, exige honestidade das editoras, mas ama o governo Dilma e o PT. Cadê sua coerência, Denise? Vendeu ou perdeu?

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  2. prezado anônimo unknown, certamente vc tem problemas de relacionamento e de entendimento, sob os mais variados aspectos.

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